7.18.2008

entre la page et la plage

Ce jour-là je devais le rejoindre à la plage. Ma tasse de café, fidèle, était soudée à ma main. J’avais retiré mes sandales, prêt à mettre mes pieds dans le sable chauffé par le soleil. Quelque chose m’a retenu.

Un vieux, pantalons roulés aux genoux, allait lentement – mains dans le dos – en se faisant lécher les orteils par le flou du littoral. Il parlait, il parlait! Mais de quoi? Je n’en savais rien, mais je l’écoutais. Le soleil jouait à cache-cache dans sa moustache en balai.

J’ai finalement mis les pieds sur la plage, me suis approché tandis que le vieillard passait son chemin. Il faisait des pas de tortue, rien de moins. Je me suis assis dans le sable, près du gamin. Son regard fendait les pages d’un grand dictionnaire. La couverture et les pages étaient en cuir souple, luisant d’usure.

- Qu’est-ce que tu cherches?

Il m’a regardé et s’est mis à rire. Il pointait le mot littoral et s’extasiait d’avoir trouvé, «exactement», où c’était. Il s’est mis à faire la moue, aussi.

- Mais ça se peut pas que le littoral il soit après la littérature

Dans son grand dictionnaire usé, une définition brouillée précédait son littoral chéri. La tortue parlante avait disparu. Il n’en restait qu’un petit voilier de papier sur lequel on avait gribouillé d’une main traînante. Je l’ai pris et j’ai crié à mon étrange compagnon de regarder.

Au petit port de l’île intérieure, le voilier a commencé à chanter. Le cœur plein d’espoir, nous le regardions partir, au loin, dans une aventure dont nous ne connaissions pas les plans. Nous avons retenu notre souffle et, dans les bras lumineux de la mer, notre voilier est disparu.

Mon compagnon est disparu, lui aussi, à la recherche de vieilles tortues parlantes. Il est parti loin, enjoué, les pieds légers sur le sable lourd. Maintenant seul, il me semblait que de ces tortues, il y en avait partout, et elles discutaient dans un dialecte dont je ne possédais que quelques bribes - tout juste assez pour m'envelopper.

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